La Ville est la deuxième pièce et sans doute la moins connue de Paul Claudel, poète français du XXème siècle;. Le monde a plus que jamais besoin de poésie. Face au culte de l’utile et du numéraire, seuls les poètes peuvent nous sauver de cette folle rationalité à l’œuvre dans nos sociétés occidentales. En décloisonnant la langue, la poésie est une force révolutionnaire capable de décoloniser nos imaginaires et de réenchanter la vie. La Ville raconte justement l’avènement d’une révolution, d’un changement d’axe, d’un bouleversement des valeurs, qui prend sa source dans une crise économique.  


 La Ville, qui se distingue de la cité par sa taille et sa densité, est le symbole de la concentration des hommes, de la concentration des richesses et de la démesure des inégalités. aujourd’hui et pour la première fois, plus de la moitié des hommes résident en ville et nous avons atteint des niveaux d’inégalité records: 10% des plus riches détiennent plus de 80% des richesses. par ailleurs, l’humanité a modifié 43% des terres émergées de la planète, rasant les forêts pour y développer l’agriculture intensive, balayant les espaces naturels pour y implanter les villes. La révolution industrielle qui nous a apporté toutes les innovations et tout  le confort dont nous jouissons en occident est en train de devenir l'origine de notre propre destruction.


Le jeune paul Claudel, écologiste avant l’heure, sympathisait avec les idées anarchistes et portait la Ville en horreur. C’est ainsi qu’à l’âge de 23 ans, il entreprend une destruction symbolique de la Ville en écrivant ce drame. Dans cette pièce, il développe ses réflexions sur la révolution industrielle. elles résonnent aujourd’hui comme jamais et il nous paraît urgent de les faire entendre.